Ainsi parlait le Docteur King...

alpha conde 6Pour l’Afrique, désormais majeure, se prendre en charge signifie, si possible, par les airs, voler. « Si tu ne peux pas voler, cours ! Si tu ne peux pas courir, marche ! Si tu ne peux pas marcher, rampe ! Mais, quoi qu’il en soit, continue d’avancer ! Toujours ! ».

« Nous ne voulons plus qu’on nous dicte ce que nous avons à faire. L’Afrique est devenue majeure et elle veut se prendre en charge. Nous ne souhaitons plus qu’on intervienne dans nos affaires ». Ainsi parlait, la semaine dernière, à l’Elysée, le chef de l’Etat guinéen, Alpha Condé. Comment expliquer cette nécessité de rappeler, sans cesse, la souveraineté des Etats et la volonté, pour l’Afrique, de s’assumer ?

Peut-être faut-il, d’abord, rappeler le contexte de ces propos. Le président Condé félicitait son homologue français d’avoir pris conscience de ce que les Etats africains sont majeurs, et d’avoir compris que le continent était résolu à se prendre en charge. Il le remerciait, donc, de ne s’être pas immiscé dans les affaires intérieures du continent, et de n’avoir pas dicté leur conduite aux dirigeants africains, durant son mandat finissant. Sur le fond, comme sur la forme, il y a peu à dire, mais nous nous devons de le dire, quand même. Nombre de citoyens africains ont pu s’étonner de ce que le chef d’un Etat si jaloux de son indépendance ait jugé nécessaire d’aller à l’Elysée, proclamer cette souveraineté.

Lorsque l’on est majeur, on s’assume, et c’est tout. Ceux qui voudraient en douter s’en aperçoivent, et l’on n’a pas à aller le dire, en son palais, à l’ancien colonisateur. Voilà qui nous renvoie à la célèbre pensée de Wole Soyinka : « Le tigre ne parle pas de sa tigritude : il bondit sur sa proie et la dévore ». Alors, oui, si l’Afrique est « devenue majeure », elle n’a pas à le répéter à la ronde. Elle n’a qu’à montrer sa maturité, et le monde constatera. Surtout que l’exemple que le dirigeant guinéen donne pour montrer à quel point le continent s’assume n’est encore qu’un projet, qui porte sur le budget de fonctionnement de l’Union africaine…

Budget qui va, désormais, être financé par une taxe de 0,2% sur les importations…

Cette résolution, entérinée lors du dernier sommet de l’UA, doit, à présent, être mise en œuvre. Il faut attendre que passe une bonne année, pour voir si les Etats reversent effectivement cette taxe à l’UA. Difficile, donc, d’en parler comme une preuve de ce que le continent est majeur et s’assume.

Sur le point de la maturité, elle-même, d’un continent adulte qui voudrait traiter en adulte avec les autres, certains Africains se demandent de quelle Afrique parle exactement le chef de l’Etat guinéen. Car, de fait, il est des pays qui se sont toujours assumés, et à qui aucune puissance n’oserait dicter ce qu’ils ont à faire. Parce que cette Afrique-là est majeure, et les Britanniques ne se mêlent pas de ses affaires. Ils respectent les Tanzaniens, les Sierra-Léonais d’aujourd’hui, les Ghanéens, et même les Nigérians. Même parmi les anciennes colonies françaises d’Afrique, de l’Ouest comme du centre, il est aussi des Etats à qui Paris, jamais, ne dicterait sa loi. Ce n’est pas une question de richesse ou de pauvreté. Il faut juste se respecter, pour que l’on vous respecte.

Le président Condé a aussi laissé entendre que les dirigeants africains ne veulent plus être jugés à travers les ONG, dirigées par des personnes qui donnent des leçons à l’Afrique, et que l’on retrouve ensuite comme maire Front national, en France.

Nous savons tous qu’il parle de Robert Ménard, l’ancien secrétaire général de Reporters sans Frontières. Dans les subtilités politiques, en France, on le dit « proche du Front national », et pas « du Front national ». A posteriori, il a, quelque part, jeté un léger discrédit sur l’organisation qu’il a cofondée, en effet. L’on peut regretter que personne n’ait démasqué, pendant toutes ces années, l’idéologie de haine dont on l’accuse aujourd’hui, et pour laquelle il est même, parfois, poursuivi.

Pour le reste, l’Afrique, de tout temps, s’est prise en charge. Avec plus ou moins de bonheur, selon les domaines, en fonction des hommes. Les peuples africains se prennent en charge. La jeunesse du continent déborde d’énergie et d’imagination, pour s’en sortir, pour avancer. Ce qui pose parfois problème, c’est le nombre anormalement élevé de margoulins qui profitent et abusent, à des fins personnelles, des opportunités qui devraient servir l’intérêt général.

Voilà pourquoi, en dépit de toutes les difficultés, le continent avance, chacun à son rythme, suivant la leçon magistrale : « Ne jamais laisser personne vous tirer vers le bas, au point de vous faire perdre l’estime de soi. Et, en toute circonstance, avancer. Par les airs, vole, si tu peux ! Si tu ne peux pas voler, cours ! Si tu ne peux pas courir, marche ! Si tu ne peux pas marcher, rampe ! Mais, quoi qu’il en soit, avance. Continue d’avancer ! Toujours avancer ! ». Ainsi parlait le Docteur Martin Luther King Junior.

Source RFI