Guinée : Une alternance politique en 2020 dans l’impasse

Ablayebarry4 londreEn observant de près la situation politique actuelle de notre pays, on se rend compte qu’il serait naïf de croire que tout est rose. Les choses sont plus complexes qu’on se pose des questions à savoir : que font   les acteurs politiques concernés dans la préparation de cette alternance.

A quelle comédie ou tragédie politique seront-ils capables de nous servir en 2020, donnons le temps au temps car d’après la citation de Napoléon « Le temps est le grand art de l’homme ». Sans anticiper sur les analyses, contrairement aux pays africains, nos leaders politiques (tous bords confondus) nous ont assez souvent habitués avec ce genre de rendez-vous manqué ce qui est d’ailleurs est à l’origine de la cause de tous les retards accusés par notre pays sur le plan social, politique et économique depuis son accession à l’indépendance en 1958. Le pays des rivières du sud est par excellence celui qui a le plus manqué ou raté les moments les plus importants de sa vie sociopolitique, par ricochet nous sommes devenus la risée devant les autres pays africains en général et francophones en l’occurrence. L’histoire est têtue, le disait l’autre, et le mal se trouve au niveau des mentalités de nos compatriotes qui ont souvent eu la mémoire assez courte ou amnésique pour résister face aux marchands d’illusions qui ont mis le pays dans le gouffre. Pour illustrer ces faits, voilà que Nietzsche (1844-1900) affirmait : « L’homme de l’avenir est celui qui aura la mémoire la plus longue ». Dans ce petit exercice, nous allons faire une lecture très objective de la vision vers laquelle la classe dirigeante et ceux qui aspirent à nous gouverner sont en train de nous détourner de l’essentiel de ce qui devrait être notre projet de société commun pour enfin consolider nos faibles acquis de démocratie et de bonne gouvernance. Avec un sens élevé des débats, chacun aura la possibilité d’apporter des critiques objectives ou des propositions constructives afin d’éclairer ceux qui sont dans le doute encore pour mieux préparer les plus sceptiques face à cette alternance politique qui est inéluctable pour le renforcement de notre démocratie et pour le bien être de notre peuple.

Un contexte politique en eau trouble

Depuis 2010, la politique politicienne qui consiste en 3 questions fondamentales :( avec qui s’associer, quand et pourquoi ?) est devenue une mode de gouvernance adoptée et pratiquée par la classe politique (tous bords confondus) a rendu l’atmosphère très tendue et polluée. Le niveau et la qualité du débat sociopolitique a trop baissé pour laisser la place aux mots comme : militantisme, népotisme, affairisme, clanisme, bref l’ethno stratégie utilisée comme nouvelle mode de gouvernance. A ceux-ci s’ajoutent un repli identitaire sans précédent accentué par la non transparence dans le traitement de l’information par les médias publics au service de l’exécutive. Toutes ces pratiques ont eu pour corollaires le laisser-aller et la culture du non-respect de la loi qui a surtout aggravé le manque de civisme et de citoyenneté. La vie sociale est bouleversée par ces tares qui sont pratiquées à tous les niveaux de la vie administrative, sociopolitique, culturel, économique du pays. Voire les discours politiques des dirigeants (tous bords confondus) avant pendant et après les échéances électorales de 2013 et de 2015. La constitution et les lois de la république sont souvent violées et bafouées par ceux la même censés de les protéger. Le pouvoir législatif a été toujours impuissant face à l’exécutif, quant au pouvoir judiciaire lui est dans un coma profond. Que faire face à cette situation devenue intenable, voilà comment se plante le décor. Les crises sociales sont devenues récurrentes, la misère prend le dessus sur la majorité de la population. Avec ce triste tableau, cette atmosphère est devenue intenable et polluée, que faire pour atteindre le bout du tunnel mes chers compatriotes.

Pour une alternance apaisée et réussie, des pratiques et des mentalités à changer

La politique est devenu un eldorado pour tous les opportunistes à la recherche du bien-être social et économique. C’est le business idéal et le sport favori des marchands d’illusions en manque d’inspiration. Faire de la politique en Afrique en général et en Guinée en particulier c’est pour s’occuper en promettant des miracles, tromper avec des programmes irréalisables, s’enrichir pour se mettre à l’abris du besoin avec ses proches. Le but après avoir trouvé une meilleure vie est de se garantir une immunité pour espérer toujours jouir de ces avantages liés au pouvoir tels que les trafics d’influence, les commissions dans l’octroie de marches grés à grés. Bref, se mettre à la mangeoire, sucer, et profiter de tous les aspects sociopolitiques et économiques du pays sous prétexte de le servir. A dénoncer afin que les hommes politiques cessent de recruter des militants dès l’approche des consultations électorales avec de l’argent. Il faut changer les mentalités pour élire des hommes politiques qui vont penser et œuvrer au développement qualitatif de nos communautés. D’après Rousseau (dans le Contrat Social) définissait la politique comme « un art et une valeur de gestion de la cite, c’est en raison de sa finalité d’assurer à tous et à chacun le bien être auquel tout être humain peut légitimement prétendre lorsqu’il passe de l’état de nature à la vie social ». En somme, pour atteindre ce noble objectif, il faut avoir sens éclaire de la vie en société, une conviction, un choix et une morale. Il est impératif d’imposer ce statut et ce rôle model comme portrait a tous ceux qui aspirent à faire de la politique en Guinée. Avec une application stricte de la loi, ces prérequis renvoient de façon générique à l’intérêt général, à la citoyenneté, à la liberté et aux vertus. En outre, il serait très regrettable de voir que l’argent est devenu l’élément fondateur et régulateur des relations entre le politique et le citoyen aux dépens d’un projet de société profitable à tous parce que tourné vers un développement collectif et le bien être individuel.

Après tout, le constat est très amer, car les zélateurs et les courtisans du pouvoir se font distribués généreusement de l’argent ou des objets matériels de valeurs tel que des véhicules. Ce qui par conséquent consiste à l’achat de consciences et le « débauchage » d’un homme politique par un parti adverse ou concurrent est toujours monnayé à coup de millions ou d’octroi à des postes juteux. Les commis de l’Etat se servent dans l’argent du contribuable pour s’autofinancer dans la politique aux détriments des populations qui sont en manque de besoins sociaux les plus élémentaires à savoir l’eau, le courant, le transport, la sante, l’éducation pour ne citer que ceux-là. Après ce constat, que peuvent bien valoir une conviction, une idéologie, un projet de société, un engagement collectif ? En définitive, il faut noter que ce clientélisme politique et ce chantage sont « institutionnalisés et officialises » en Guinée et font bonnes recettes.

D’ailleurs, il est évident que faire de la politique dans notre pays en ce moment, c’est tout simplement de se conformer au domaine du faux, du mensonge, de la tromperie et de la trahison. Pour enfoncer le clou, c’est bien aussi le domaine de la non-vertu, du profit individuel et l’enrichissement illicite impuni.

Au fond, nous dirons tout simplement, que cette analyse est loin d’être objective ou exhaustive, qu’à cela ne tienne, les faits sont têtues car les mêmes causes produiront toujours les mêmes effets. Avec ce sombre tableau, est-ce possible de croire à une alternance politique apaisée, réussie et durable en 2020 ? En revanche, selon Antonine Maillet « le temps est le plus grand ennemi de l’homme, il vient à bout de tout, à la fin. » car le temps est facteur incontournable, il serait important de définir une bonne stratégie efficace et adaptée au contexte guinéen qui impliquerait tous les acteurs politiques afin de faire face aux enjeux de cette alternance qui est en cours avant qu’il ne soit trop tard. Dans le cas échéant, l’échec sera inévitable et chaque y payera à ses dépens. Tant qu’il sera ainsi, la politique sera l’obstacle principal au développement de notre pays. D’après la citation de Reis Mirdita « La politique a deux vecteurs : L’enrichissement matériel et l’appauvrissement moral ».

A bon entendeur, salut !

Abdoulaye Barry (consultant)

Depuis - Londres