L’avocassier Togba s’emmêle les pinceaux !

justice1Mborré ! Togba Zogbelemou, le gâte-sauce du palais Gokhi Fokhè, veut absolument que tu te goinfres de sa tambouille juridique. Il est passé dans l’émission, « Les grandes gueules », qui a pignon sur rue dans Cona-cris, pour faire la publicité de sa mangeaille avariée.

D’entrée de jeu, Tamba Zacharie Millimouno engage les hostilités et lui demande sans ciller s’il est l’un des deux artisans de cette constitution forgée en catimini dont Goby Condé, le gourou du palais Gokhi Fokhè, voudrait présenter en référendum afin de se maintenir au trône jusqu’à sa mort.

Le marmiton du palais Gokhi Fokhè monte sur ses ergots et pontifie :

« Ce que j’ai fait comme travail c’est un travail scientifique. Pour répondre à une question : est-ce qu’on peut changer de constitution ? Quand on change de constitution, les conséquences politiques ce n’est pas mon problème. Mais est-ce que on peut changer de constitution ? C’est ce travail que j’ai fait. Et pourquoi je l’ai fait ? C’est parce que je veux provoquer un débat intellectuel dans notre pays. »

Innou Wali ! ça lui a pris un temps fou pour abattre ce travail titanesque. Il a vraiment eu du cœur à l’ouvrage. Ce qui lui vaut du reste cette place sous le feu des projecteurs. Qu’est-ce que vous voulez qu’on lui dise ? Il a l’illusion d’avoir fourni un travail remarquable pour avoir seulement collationné des contributions, des textes sur la question publiés sur les sites guinéens ; et pour avoir fourgué sa saillie par rapport à l’article 51 de la constitution et par rapport à la situation sociopolitique du bled. Un article archiconnu dans le milieu des robins. Mais Togba ne voit toujours pas pourquoi on le qualifie d’intellectuaillon retors.

Il jure la main sur son crâne ne pas être en intelligence avec Gobykhamé qui veut confisquer le pouvoir. Il martèle n’avoir pas signé de contrat avec qui que ce soit pour fabriquer une constitution :

« Je suis un professeur d’université. Je suis un avocat. J’ai l’habitude des consultations. Si on me fait un contrat, pour faire une constitution, pourquoi je vais cacher ? Pourquoi je vais cacher un contrat que j’ai signé pour un travail qui n’est pas immoral ? Pourquoi je vais cacher ce contrat ? Je n’ai signé aucun contrat… »

Afakoudou ! Togba a presque raison. L’argent n’a pas d’odeur. Aucun contrat ne dégage une odeur pestilentielle. Dans cette optique ce n’est pas du tout immoral de se commettre avec un gangster qui t’informe du crime qu’il s’apprête à perpétrer et te demande des conseils, des arguments juridiques qui vont le pousser à passer à l’acte sans se faire du mouron. Fi !

Notre avocassier jure sur tous les dieux de la contrée avoir consacré tout son temps et son énergie à ce « travail » juste pour « provoquer un débat intellectuel dans notre pays ». Faut-il le croire alors qu’il soutient qu’il n’hésiterait pas à signer un pacte avec le diable ?

Allons-y pour le « débat intellectuel » !

L’on ne discute pas de l’impertinence de l’article 51 qui tartine que « Le Président de la République peut, après avoir consulté le Président de l’Assemblée Nationale, soumettre à référendum tout projet de loi portant sur l’organisation des pouvoirs publics, sur la protection et la promotion des libertés et droits fondamentaux, ou l’action économique et sociale de l’Etat, ou tendant à autoriser la ratification d’un traité. »

D’accord ! On ne va pas distinguer là où cette loi bordélique ne distingue pas. Néanmoins ce qu’on dit avec insistance c’est que la loi n’autorise pas à Goby Condé de s’accoter sur l’article 51 en vue de rester scotché au trône à la fin de son deuxième et dernier mandat. C’est cela notre propos. Et il faut vraiment être un faux cul pour dire que « les troubles sociopolitiques de 2013 et l’épidémie de fièvre à virus Ebola à partir de 2014 n’auraient pas permis avant 2015, année de l’élection présidentielle, d’entreprendre une initiative constitutionnelle. » On fourgue ainsi des arguments à Goby Condé pour confisquer le pouvoir. Il va se rendre coupable de parjure s’il fait appel à l’article 51 pour commanditer un référendum abâtardi et s’adjuger ensuite le pouvoir à jamais. Il a débarqué Kéléfa Sall de la Cour constitutionnelle de façon illégale pour y placer un de ses hommes de main. Claude Kory Kondiano, le président de l’Assemblée Nationale, est un homme obséquieux qui fera ses quatre volontés.

Claude Kory Kondiano n’est pas Macky Sall, président de l’Assemblée nationale du Sénégal d’alors, qui avait dit « non » au président Abdoulaye Wade qui voulait utiliser le Parlement comme son torchon.

Goby Condé avait juré, le jour de son sacre en 2010 et en 2015, de respecter la Constitution et de s’en aller à la fin de son deuxième et dernier mandat en 2020. Il avait fait ce serment devant Kéléfa Sall et devant tous les Guinéens. On ne baissera pas l’échine et on n’acceptera pas qu’il cochonne la constitution en vue de s’éterniser au trône. Et Dieu nous commande de nous défaire de ceux qui nous oppriment, nous affament, nous mentent. Nulle part dans le Coran ou dans la Bible Dieu dit aux populations de croiser les bras face à leurs dictateurs. Il est vrai que c’est Dieu qui donne le pouvoir. Et la sourate AL-IMRAN (LA FAMILLE D’IMRAN) dit :

« Ô Allah, Maître de l’autorité absolue. Tu donnes l’autorité à qui Tu veux, et Tu arraches l’autorité à qui Tu veux ; et Tu donnes la puissance à qui Tu veux, et Tu humilies qui Tu veux. Le bien est en Ta main et Tu es Omnipotent. »

Donc c’est Dieu qui donne le pouvoir. Dieu avait donné l’autorité à Hitler, à Mussolini, à Sékou Touré, à François Duvalier dit « Papa Doc », à Idi Amin Dada, à Jean-Bedel Bokassa, à Napoléon, à Francisco Franco, à Jorge Rafael Videla, à Staline, à Fidel Castro, Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu wa Za Banga, et tutti quanti.

Et Dieu avait soutenu ceux qui s’étaient braqués contre l’autorité de leurs loufoques dictateurs sanguinaires. Dieu ne dit pas dans le Coran qu’il faut se soumettre à une autorité qui te barbarise, t’endeuille, t’affame, te ségrégue.

Et dans l’Ancien Testament aussi, « Samuel dit à tout Israël :

« Je vous ai écouté dans tout ce que vous m’avez dit et j’ai établi un roi sur vous. Désormais, c’est le roi qui marchera à votre tête. Quant à moi, je suis vieux, j’ai les cheveux blancs, et mes fils sont avec vous. J’ai marché à votre tête depuis ma jeunesse jusqu’à aujourd’hui. Me voici ! Rendez témoignage contre moi, en présence de l’Eternel et de celui qu’il a désigné par onction. De qui ai-je pris le bœuf ou l’âne ? Qui ai-je opprimé ou traité durement ? De qui ai-je reçu un cadeau pour fermer les yeux sur lui ? Je vous le rendrai. »

Ils répondirent : Tu ne nous as pas opprimés, tu ne nous a pas traités durement et tu n’as rien reçu de personne. »

Si vous êtes croyant, de grâce lisez et relisez mille fois ces dires de Samuel. Fermez les yeux ! Réfléchissez ! Réfléchissez encore ! Encore et encore ! Ouvrez les yeux ! Ouvrez-les, bordels ! Regardez maintenant la Guinée. Re…gardez la Guinée ! Vous ne voyez rien, absolument rien de choquant, d’inadmissible ? Vous avez le cœur fermé et la comprenette difficile. Mais on va y arriver.

Ouvrez l’Ancien Testament, là où Moïse déroule à son peuple les dix commandements de Dieu à respecter. Parmi ces prescriptions il est dit :

« Honore ton père et ta mère comme l’Eternel, ton Dieu, te l’a ordonné, afin de vivre longtemps et d’être heureux dans le pays que l’Eternel, ton Dieu, te donne. »

Dans le Coran aussi, Allah, Le Tout Puissant, recommande à ce qu’on s’occupe de notre père et de notre mère, devenus vieux, de ne pas les brusquer de par nos propos, de les ménager.

Dans la situation sociopolitique actuelle de la Guinée, à l’exception des faux culs qui font leur beurre avec le régime de Gobykhamé, peu de Guinéens, disons un sur mille, arrivent à honorer leur père et leur mère. Combien de Guinéens ont pu honorer leur père ou leur mère en les envoyer à la Mecque faire le pèlerinage de la Oumra du mois de mai dernier ? Combien de désespérés se sont suicidés d’octobre 2010 à nos jours parce que voyant l’horizon complètement bouché à leur épanouissement ? Le dernier en date est le suicide du professeur de philosophie, Charles Raymond Tolno, le mercredi 5 juin 2019, Kaliakhori dans la commune rurale de Damakania à Kindia. Le suicide est en train de prendre une proportion inquiétante dans la contrée. Un jeune sur cent en Guinée arrive, aujourd’hui avec beaucoup de micmac, à gagner sa croûte. La paupérisation a atteint un niveau inimaginable dans le patelin. Mais la coterie et les aigrefins quant à eux se lèchent les babines et profitent largement du régime bordélique de Goby.

Ceci étant, le devoir des chefs religieux est d’exiger de Goby Condé le respect de la loi. C’est lui, au premier chef qui doit montrer le bon exemple en respectant son serment fait pendant sa cérémonie d’investiture face à Kéléfa Sall et aux Guinéens. Mais il grenouille avec les juristes pour ne pas qu’on lui arrache le trône. Depuis plus de huit ans, il commande le bled. Et depuis pas une seule bonne route dans le patelin, pas un bon hôpital, pas de bons médecins, pas une bonne université, pas de bons professeurs, pas d’eau potable et pas d‘électricité. Mais beaucoup d’insécurité, beaucoup de détournements de deniers publics, beaucoup de gabegie, beaucoup de corruption, beaucoup de mensonge politique. Avec tout ça il veut encore passer pour le messie tant attendu dans le pays. Dostoïevski l’a perçu à jour :

« Vous êtes le type et l’incarnation, la personnification et l’expression suprême de la médiocrité la plus impudente, la plus suffisante, la plus triviale et la plus sordide ! Vous êtes la médiocrité pompeuse, la médiocrité qui ne doute de rien, d’une sérénité olympienne, vous êtes la routine des routines ! »

Mais toutes ces références religieuses et littéraires ne sont pas du tout le problème de Togba Zogbelemou qui prétend faire un travail scientifique sous l’angle juridique. Il persiste et signe que Goby peut user de l’article 51.

« Est-ce que, aujourd’hui, demande Mohamed Mara, une révision même à fond de la Constitution permet de l’adapter à la situation sans avoir besoin de passer à une nouvelle Constitution ? »

Et voici la réponse directe de l’ancien ministre de la Justice de la République de Guinée, telle sortie de sa bouche, après avoir farfouillé dans ses paperasses :

« On peut soit réviser une constitution pour faire une nouvelle constitution. Le problème c’est que quand vous faites une révision trop profonde qui concerne une multitude d’articles du texte, vous courez un risque d’affecter la cohésion de l’ensemble du texte. Lorsque la révision doit porter sur une série d’articles et il touche les institutions ou autres, il est souhaitable de remettre le texte constitutionnel à plat et d’envisager une nouvelle qui tienne compte des développements qui ont caractérisé le pays depuis l’adoption de la constitution en cause. »

Mohamed Mara de pousser l’ancien ministre de la Justice dans ses derniers retranchements :

« Nous ne comprenons pas comment une nouvelle constitution qui est censé remplacer celle que nous avons doit être conforme à cette même constitution ? »

Togba Zogbelemou est entre zist et zest. Il bafouille, il s’échappe, il divague sous couleur de couper les cheveux en quatre, mais le chroniqueur des « Grandes Gueules » se bute aussi et le ramène implacablement au « Pourquoi le texte en question doit être conforme à cette constitution ? Si c’est conforme pourquoi aller vers un nouveau ? » Pour couillonner les Guinéennes et les Guinéens. Punto.

Comme un sanglier épuisé par la meute, le flapi avocassier glapit :

« Mais il est conforme à la constitution parce qu’il est conforme à l’article 51. L’article 51 est un article de quelle constitution ? C’est un article de l’article de la constitution et c’est cet article 51 qui attribue compétence au président de la République en la matière. C’est cela. »

Ça ne tourne pas rond dans les réponses de cet ancien ministre de la justice qui fanfaronne pourtant avoir enseigné pendant dix sept ans à l’université d’Abidjan. Il soutient de n’être pas au courant de l’existence d’un « texte d’un projet de constitution », et de fil en aiguille il intègre dans ses réponses l’existence dudit texte. Et en conclusion il s’emmêle les pinceaux dans ses maux décryptés à la virgule près :

« Il y a un débat national sur la question d’une nouvelle constitution ou non ? Ce que je demande à mes frères juristes, c’est qu’on n’entre pas dans ce débat à partir d’à-priori politique pour mélanger l’analyse juridique avec l’analyse politique. Faisons l’analyse politique froidement. Ceux qui sont pour ou contre l’utilisation de l’article 51 qu’on les dise avec élégance, avec la courtoisie nécessaire pour éclairer le peuple de Guinée qui seul au finish décide. Maintenant qu’à partir de l’analyse que nous faisons que certains pensent que ça veut dire on soutient un troisième mandat ou pas. Ça c’est des conséquences d’une analyse politique. Je ne suis pas arrivé là dans ma contribution. Donc je souhaiterai vraiment que dans un débat serein nous puissions faire avancer le débat intellectuel dans ce pays. »  

Le sujet ne regarde pas que les juristes. Le débat sur la question interpelle tous les Guinéens qu’ils soient travailleurs ou chômeurs, juristes ou politicards.  

Dans son bavardage, l’avocassier voulait certainement dire : « Faisons l’analyse juridique froidement. »

Comme pour signifier Dura lex, sed lex c’est-à-dire que la loi est dure mais c’est la loi.

Certains professionnels, qui analysent fou…roidement la loi, sont fondés à affirmer que l’article 51 en question vise des projets de loi législatifs qu’il ne faudrait pas confondre à un projet de loi constitutionnel. Pour ces analystes, on ne peut pas partir de cet article pour forger un nouveau projet de constitution. Par conséquent Goby Condé doit rendre son tablier dès septembre 2020. En analysant fou…roidement  la loi, l’on avise que c’est lui le premier qui piétine la loi et érige l’impunité en système de régime dans le patelin.

Les partis politiques, la société civile, les élèves et les étudiants doivent se mobiliser pour l’empêcher de parjurer et par ricochet d’entraîner le bled dans une guerre civile. C’est lui qui serait en faut s’il se bute à confisquer le pouvoir à la fin de son deuxième et dernier mandat. Ses condoléances sonnent insincères dans le massacre de l’étudiant Amadou Boukariou Baldé par la police à Labé, le samedi 31 mai 2019. Les tueurs psychotiques de la police, les vrais auteurs de la mort de Amadou Boukariou Baldé, ne sont pas inquiétés. Ils ne seront jamais arrêtés et traduits en justice. Comme beaucoup de crimes politiques commis depuis l’avènement de Goby Condé aux commandes du pays, le meurtre de Boukariou aussi restera impuni.

Benn Pepito