Baïdy Aribot « nous allons sevir en tant que députés »

aribot_pngDans une interview accordée à nos collègues de Kaloumpresse, le député de Kaloum, Baïdy Aribot dénonce l’irresponsabilité du régime du président Alpha Condé et promet de sévir « Comme le gouvernement est irresponsable et qu’il passe son temps à se moquer de la population, nous allons sévir en tant que députés». L’ancien ministre est revenu aussi sur le salaire de nos députés. Voici l’intégralité de l’interview.

Kaloumpresse.com : Le Premier ministre a accusé des instigateurs d'être derrière les manifestations de jeunes enregistrées mardi 18 février dans certains quartiers de la banlieue de Conakry. Quel commentaire faites-vous à ce propos ?


Baïdy Aribot : Comme c’est lui qui l’a dit, il n’a qu’à montrer aux populations qui sont ces gens là. Moi je ne vois pas pourquoi un Premier ministre, face à une situation objective, peut faire une telle déclaration. Je pense qu’il aurait déploré aujourd’hui les conséquences mortelles qu’ont eues certaines familles. J’aurai pensé et compris qu’il aurait demandé des enquêtes concernant ces morts et à punir les coupables. Il aurait aussi demandé à la société Electricité de Guinée pourquoi ces contrées sont restées plusieurs mois sans avoir du courant. Surtout qu'on nous a fait comprendre qu’il y a plus de 250 millions de dollars soit 400 milliards GNF qu’on a investi dans l’énergie. Je trouve qu’on continue à faire la politique des aveugles dans ce pays.


Voici un gouvernement dit de mission, qui a été reconduit dans sa totalité qui continue à gérer un pays comme on gère un baptême. Un Président de la République qui passe tout son temps à voyager avec l’argent de l’Etat et n’apporte rien à ce pays. On a des ministres qui ont des attributions et qu’on ne voit pas sur le terrain. Et voilà, ce  matin des populations qui se sentent délaissées, demandent à ce qu’on prenne en considération  leurs problèmes de manque d’électricité. Le gouverneur et le Premier ministre se sont rendus sur les lieux pour leur promettre qu’il y aura le courant depuis le lundi dernier. Quand tu ne peux pas faire quelque chose, il ne faut pas promettre. Et quand ça échoue, il ne faut pas mettre le chapeau sur les autres. Qu’est-ce que l’opposition a à voir dans une manifestation contre le manque de courant? Ça c’est un problème du gouvernement.

Comme le gouvernement est irresponsable et qu’il passe son temps à se moquer de la population, nous allons sévir en tant que députés. On va organiser des commissions parlementaires pour voir de près et de loin, l’argent qui est mis dans le secteur de l’énergie, la gabegie qui est organisée au niveau d’EDG. Ce n’est pas en cherchant à trouver des boucs émissaires qu’on peut résoudre cette situation.

Je le dis et je le répète. Les Guinéens ont vu les trois ans de gouvernance d’Alpha Condé. Ça n’a rien apporté et pendant les 15 mois qui restent, ça ne va rien apporter. Alpha va continuer avec ses ministres à faire du yoyo dans ce pays. La seule chose qu’il nous faut, c’est de les faire partir en 2015. Et c’est à cela que l’opposition va s’atteler à faire. Parce qu’il ne peut pas quelque chose pour ce pays. Il n’a ni les moyens, ni la capacité, ni les atouts nécessaires, car il est limité.

Kaloumpresse.com : Les accords politiques signés les 03 juillet 2013 prévoyaient la tenue des élections communales au Premier trimestre de 2014. Une échéance qui n'est plus tenable...


Écoutez, ces accords ont été violés le lendemain même de leur signature. C’était dans le cadre des élections législatives. On nous a amené vers des élections que vous-mêmes vous connaissez. On a accepté ça parce que quelque part, nous aimons ce pays et on a pitié de nos populations. On nous a dit qu’une fois l’Assemblée installée, on allait avoir un cadre de concertation avec le gouvernement pour voir comment les autres points de l’accord seront appliqués. Pour faire respecter ces accords, nous allons voir les partenaires de la Guinée, puis que ce sont eux qui ont cautionné ces accords. Auquel cas, nous n’avons pas d’autres solutions, que de reprendre les manifestations de rue.


Aujourd’hui l’application de ces accords n’est pas une préoccupation du Président Alpha Condé. Son problème, c’est les mines, le ministère des finances et la Banque centrale. Il s’en fou du reste. Que le pays brûle, que les Guinéens meurent, ce n’est pas son problème.


Kaloumpresse.com : Avez-vous des preuves ?


Son objectif c’est d’avoir de l’argent. Regardez son voyage de Davos. Qu’est-ce qu’il avait à faire là-bas ? C’est un lieu où on rencontre des investisseurs pour débattre des questions économiques mondiales. Mais pour aller à Davos, il faut payer les frais de participations qui sont dans l’ordre de 300 000 dollars. Pour y aller il loue des avions, il part pour se promener dans l’ordre des milliers et des milliers de dollars. Mieux que ça, en partant, il a des frais de voyages qui sont chiffrés à près d’un million de dollars qui sortent des caisses de l’Etat. Et personne n’en parle.


Kaloumpresse.com : Votre rôle est de voter les lois et de contrôler l’action gouvernementale. Qu’allez-vous faire concrètement pour rendre claire cette situation que vous dénoncez ?


On va sévir. Nous allons nous saisir des textes en vigueur pour faire le travail demandé. Nous allons travailler dans le sens d’éclairer la religion du peuple par rapport à ce qui se passe. Nous sommes des législateurs et nous n’avons d’autres rôles que le contrôle de l’action gouvernementale. Maintenant, il existe d’autres institutions qui ont le droit de faire le travaille d’enquête. L’assemblée ne peut que voter et faire des recommandations.


Kaloumpresse.com : Sauf changement de dernière minute, l’élection présidentielle se tiendra en 2015. Quelle sera le plan de l’opposition pour remporter ce scrutin ?


Baïdy Aribot : C’est simple. Ce sont les méthodes légales et républicaines qu’on va utiliser. Nous allons nous battre, dénoncer les tares de ce système. Nous allons vers la population pour lui expliquer. Le seul problème qu’on a aujourd’hui, c’est la sécurité des élections, parce qu’Alpha Condé sait pertinemment qu’il est impopulaire et qu’il ne peut pas gagner dans une élection transparente. Il le sait. Personne n’est conscient de cette situation plus que lui. C’est quelqu’un qui passe toujours par des moyens détournés pour se maintenir au pouvoir.

Kaloumpresse.com : Là encore avez-vous des preuves pour étayer vos propos ?


Baïdy Aribot : Le cas des élections législatives est illustratif avec les tripatouillages. C’est en passant par les chefs des délégations spéciales, les préfets et les autres membres du gouvernement, avec la complicité de la CENI qu’il a eu cette majorité. Et c’est la même chose qu’il veut faire en 2015. Mais, cette fois-ci, ça ne passera pas. Il faut qu’il respecte la légitimité des Guinéens en 2015. Nous allons faire tout pour que ces élections soient sécurisées en commençant par les élections communales et communautaires. Il ne veut pas le faire, parce qu’il veut aller aux élections présidentielles avec les chefs des délégations spéciales qui sont ses supports locaux, qui travaillent pour le faire gagner parce qu’il n’a pas de parti.


Kaloumpresse.com : Qu’avez-vous fait à l’Assemblée nationale depuis votre installation le 13 janvier ?


Baïdy Aribot : Nous avons tenu cette session inaugurale au Palais des Nations. C’est le jour de la mise en place des bureaux et des commissions que nous avons regagné le palais du peuple qu’on a trouvé d’ailleurs dans un état de délabrement total. Le gouvernement n’avait rien prévu comme s’il ne savait pas que la Guinée devait avoir 114 députés à l’issue des législatives. Et que dans la loi organique qui régie le fonctionnement de l’Assemblée nationale il doit y avoir 12 commissions et 11 membres du bureau. Même le budget de l’Assemblée a été concocté de façon lapidaire. Rien n’a été fait dans le sens d’aider l’Assemblée à trouver une situation plus compréhensible pour son installation. Nous avons trouvé cette situation difficile mais, les choses se mettent en place de façon lente et ça commence à aller. Nous espérons que d’ici la session d’avril qui sera la 1ère session de cette Assemblée pour l’examen des textes juridiques tout ira pour le mieux.

Kaloumpresse.com : Quelques jours après la session inaugurale on a appris que les députés réclament 25 ou 30 millions de francs guinéens comme indemnité.


Baïdy Aribot : Je ne vois pas pourquoi les gens se sont mis à épiloguer sur cette question d’indemnité. D’autres parlaient de salaires parce qu’ils ne comprenaient rien. Il faut comprendre que le Parlement guinéen est la deuxième institution du pays et ceux qui sont chargés d’animer cette dernière doivent bénéficier quand même d’un respect dans l’exercice de leur mandat que le peuple les a confié pour aider ce pays à aller de l’avant.


On ne doit pas prendre nos députés comme des marchands de cacahouètes. Qu’on nous paye à 100 francs ou à 100 millions, cela ne change rien aux commodités de ma vie. C’est idem pour la plupart des députés du Parlement. Mais imaginez-vous qu’on trouve un député qui laisse son travail à l’Assemblée pour trouver de quoi nourrir sa famille ou de quoi se mettre à l’abri de certains besoins élémentaires. Si ces députés n’ont pas de ressources viables pour leur permettre de se concentrer pour faire correctement leur boulot, comment vont-ils travailler ?


On a vu des députés et même des présidents des précédentes Assemblées dans des situations difficiles, aller d’un bureau à un autre pour demander de quoi payer la dépense ou le prix du carburant. Nous ne sommes pas là à faire l’épilogue du gaspillage des dépenses publiques, mais cela ne doit plus se passer dans un pays.


Kaloumpresse.com : Ne trouvez-vous pas cette fourchette élevée dans un pays comme la Guinée ?


Baïdy Aribot :
C’est vrai que le revenu du Guinéen ne fait pas 1 dollar par jour et que si les députés ont 25 millions c’est un peu aberrant. Mais la Guinée n’est pas plus pauvre que la Guinée Bissau ou la Sierra Léone où les députés sont dans des conditions qui leurs permettent de mieux répondre aux attentes des populations. Qu’on subventionne un député à 10 ou 100 millions, ça ne changera pas la vie des Guinéens. Mais regardez l’exécutif qui s’est taillé la part du lion dans le budget 2014.


La Présidence de la République à plus ou moins 365 milliards de nos francs comme budget de fonctionnement en 2014, c'est-à-dire, 1 milliard par jour. Est-ce que la Présidence de la République a plus d’impact sur la vie des Guinéens que le ministère de la Santé ou celui de l’Energie ? Les gens doivent être raisonnables.


Kaloumpresse.com : Vous avez proposé combien exactement ?


Baïdy Aribot : Il a été question de discuter et de revoir le budget de l’Assemblée. La Commission des finances a fait un budget prévisionnel dans lequel il était question de voir comment les différentes indemnités des députés seront réparties. La loi dit qu’il y a d’abord les indemnités des sessions parlementaires, des indemnités liées aux frais de déplacements et au débours mensuels des députés. C’est dans ce cadre que nous avons fait des projections qui sont arrivées dans l’ordre de 25 millions par député et par mois. Ceci pour permettre par exemple à un député de N’Zérékoré de mieux faire face à ses obligations. Voilà les estimations prévisionnelles, mais cela ne veut pas dire que c’est un budget qu’on impose à l’Etat. Tout est question de négociation entre l’exécutif et nos représentants au niveau de cette Commission.


Par rapport aux 30 millions GNF, vous savez que l’Assemblée Nationale a été validée depuis le mois de novembre 2013 après la proclamation des résultats définitifs des législatives par la Cour Suprême. Il était question de voir comment les députés qui se sont rendus à Conakry sur convocation de leurs différentes bases depuis cette date pourraient repartir chez eux avec au moins une certaine avance sur les prévisions faites des indemnités.


Kaloumpresse.com
: N’est-ce-pas trop ?

Baïdy Aribot : Les députés ne sont pas des fonctionnaires, il faut qu’on respecte la loi, nos institutions et ses représentants. Les syndicats avaient demandé une augmentation de salaire à 100% et qu’on a trouvé juste, compte tenu de la vie des fonctionnaires. Aujourd’hui les représentants du peuple demandent à ce qu’ils soient traités de la même manière que les députés de la sous région. La loi dit que l’indemnité des députés doit être taxée sur la base des moyens des fonctionnaires. Et les gens prennent en moyenne des salaires de 400 000 francs guinéens. Je dis non. Ils n’ont pas intégré le salaire de certains directeurs d’entreprises publiques ou  parapubliques. J’en connais des directeurs d’entreprises publiques qui touchent dans l’ordre de 30 à 35 millions GNF. Je connais comment les choses évoluent parce que j’ai travaillé dans beaucoup de domaines. Qu’on ne se focalise pas sur une chose normale pour créer des polémiques.


Kaloumpresse.com : La session inaugurale du parlement a eu lieu le 13 janvier mais elle n’est pas clôturée jusqu’à présent. Un commentaire ?


Baïdy Aribot : Voilà encore une autre source de conflit dans la mesure où, depuis le décret convoquant cette cession inaugurale, on a envoyé un projet de décret pour demander de clôturer cette session. Puisqu’une fois une session ouverte, ça fait des dépenses par jour pour les députés puisqu’ils travaillent et ils se déplacent. Aujourd’hui, si on ne ferme pas cette session qui ne doit pas dépasser un mois, ça veut dire que tous les jours on doit verser  des indemnités aux députés. Mais on a envoyé un projet de décret qui serait perdu dans les mailles de la Présidence puis que ce n’est pas un projet de nominations.


Interview réalisée par Aliou BM Diallo