« Guinée, sous les verrous de la révolution », Lamine Kamara ancien geôlier du camp Boiro raconte le régime sanguinaire de Sékou Touré

sekou_toureLamine Kamara, ancien ministre du général Lansana Conté raconte sa détention politique sous le régime de Sékou Touré. Sous forme d’autobiographie, l’auteur retrace les faits, tout en restant fidèle à son vécu de prisonnier dans sa chair et son sang. Malgré les monstruosités de l'univers carcéral, l’auteur reste sobre et focalisé sur les faits.

Originaire de Kankan, fief manding, Lamine Kamara fût le premier de cette contrée à narrer la monstruosité du régime de Sékou Touré. Avant lui, tous les témoignages écrits par les auteurs d’autres ethnies et étrangers étaient considérés par les proches du régime révolutionnaire comme étant des simples machinations dans le seul but de salir Sékou Touré.

Ce témoignage romanesque dans « Guinée, sous les verrous de la Révolution » a permis à bon nombre de Guinéens et étrangers de connaitre le grotesque des montages des dits complots et les difficultés endurées par les prisonniers politiques durant cette phase monstre et sordide de l’histoire de la Guinée.  

1)    Son enfance et sa vie en tant que jeune fonctionnaire à Dabola

lamine_kamaraFils d’Elhadj Sonossa Mory Kamara et de Mariama Camara, Lamine Kamara (Capi pour les intimes) est né à Kankan. Ville où il a fait ses études primaires et secondaires. Il est diplômé de lettres modernes à l’université Gamal Abdel Nasser de Conakry. Monsieur Kamara a été professeur de lettres modernes dans les deux plus grandes universités Guinéennes : Gamal Abdel Nasser de Conakry et Julius Nyerere de Kankan.

Par deux fois, il fût victime de la répression du régime de terreur de Sékou Touré. Il séjourna en prison pour la première fois en 1961 au camp Boiro lorsqu’il était au collège. Sa deuxième incarcération a eu lieu en 1971 alors qu’il était jeune fonctionnaire en charge de l’Education de la préfecture de Dabola.

2)   Son arrestation sur ordre du suprême

C’est au cinquième congrès de la jeunesse, JRDA que l’auteur de « Guinée, sous les verrous de la révolution » fût arrêté sur ordre du suprême (Sékou Touré, ndlr). Venu en habitué à ce congrès, Lamine Kamara était pressenti par bon nombre de ses camarades notamment les enseignants pour être secrétaire général du comité national de la JRDA mais n’a jamais brigué ce prestigieux poste tant convoité durant la révolution.

Pire pour lui, c’est lors de la clôture de ce congrès par le suprême qu’il fût dénoncé par ce dernier de faire partie d’un complot contre le régime révolutionnaire. C’était le 05 Juillet 1971.

Deux jours plus tard, il fût arrêté à 1h35mn du matin chez l’un de ses amis qui l’avait hébergé pour l’occasion. Il fût conduit au camp Boiro où il a été incarcéré dix ans plus tôt. C’était le 18 Novembre 1961. Son arrestation à cette époque faisait suite à des soupçons de meneur de la grève générale déclenchée par l’ensemble des élèves et étudiants pour demander la libération de leurs maîtres et professeurs incarcérés à la suite de leurs revendications. 

3)     Les doutes sur l’agression du 22 Novembre 1970

L’autre grande révélation que nous fait cet ouvrage est la remise en question sur la sincérité de cette agression que bons nombres d’observateurs avertis de cette époque qualifient de montage grotesque. 

Selon ce passage de ce livre qui en fait cas, le président du Conseil du Portugal, Antonio de Oliveira Salazar et le président Sékou Touré auraient conclu un pacte secret sur le dos de leurs proches collaborateurs. Selon cet accord, les prisonniers portugais qui étaient incarcérés à Mamou auraient été transférés à Conakry, deux jours avant l’agression. Ce transfert aurait facilité le travail des services secrets portugais pour récupérer les leurs à Conakry.

Mais pour maquiller cette libération synonyme d’humiliation, le suprême en aurait profité pour simuler cette agression contre notre pays par les puissances occidentales.

4)    Son séjour en prison

Après un bref séjour au camp Boiro, M. Kamara et certains de ses compagnons de prison furent transférés au camp Soundiata Keïta de Kankan qui servait de lieu de détention de prisonniers politiques.

4.1)       Camp Soundiata Keïta de Kankan :

Il aurait subi un interrogatoire musclé ponctué de menaces et de sévices corporels de tout genre. Mais selon l’auteur, il n’avait jamais avoué son implication dans un complot.  Durant son interrogatoire, ses geôliers lui reprochèrent de toucher un salaire mensuel de 12 000 $ américains des mains de services secrets occidentaux dans ce qu’ils appellent la cinquième colonne.

Les conditions de détention dans cette prison furent rudes. Deux de ses compagnons de cellule gravement malades rendirent l’âme devant ses yeux. Ces deux morts l’auraient complètement bouleversé et auraient eu un impact sur sa vision de la vie.

4.2)       Maison centrale de Kindia et ses premiers pas dans l’écriture :

Cette détention dans des conditions atroces fût suivie d’un transfert à bord d’un vieux camion Zil à la Maison centrale de Kindia. Dans cette prison, les conditions carcérales notamment d’hygiène et de nutrition étaient meilleures que celles du camp Soundiata Keïta de Kankan.

L’autre particularité de la maison centrale de Kindia est le changement fréquent de cellules et de salles des prisonniers par les geôliers. Profitant de ces meilleures conditions de détention, les détenus trouvèrent des activités pour occuper leur quotidien et faire passer le temps.

Quand chaque geôlier se mura dans sa passion, Lamine Kamara en tant que diplômé de lettres modernes se lança dans l’écriture. Après deux tentatives ratées, il réussit son premier essai « Safarin ». Les petites feuilles de ce roman furent envoyées à son ami Sékou Kaba par l’entremise du gardien chef de la maison centrale de Kindia.

C’est dans cette même prison que débuta la gestation de deux autres ouvrages racontant ses deux séjours en prison. C’est notamment « Les Racines de l’Avenir, Réflexions sur la Première République de Guinée » et « Guinée, sous les verrous de la Révolution » qui retracèrent respectivement sa première et deuxième incarcération. Ces deux ouvrages dénoncent également l’atrocité et le totalitarisme du régime de Sékou Touré.

5)      Sa libération et son tête à tête avec Sékou Touré

C’est suite à la victoire de « Hafia Football Club de Conakry » contre ses homologues du Ghana lors de la finale de la coupe d’Afrique des Clubs Champions au stade du 28 Septembre que le suprême a saisi la balle au rebond pour desserrer l’étau sur ses geôliers. C’était le 18 Décembre 1977.

Le lendemain fût déclaré jour férié, chômé et payé sur toute l’étendue du territoire national. Sékou Touré profita pour élargir quelques-uns de ses prisonniers politiques. C’est dans la foulée que la libération de Lamine Kamara est intervenue. C’était le 20 Décembre 1977. Soit sept ans après son arrestation à Conakry sur dénonciation du suprême lui-même.

Au lendemain de sa libération, Lamine Kamara a été sommé par les siens d’aller à la rencontre du suprême pour lui dire merci de l’avoir sorti de prison. Selon ses proches, cette étape était nécessaire pour tout prisonnier pour se considérer définitivement libre. Malgré ses réticences, M. Kamara n’avait apparemment pas eu le choix face à l’intransigeance de sa famille.

Escorté par un cousin et une sœur qui ne voulaient pas le voir commettre un faux-pas, Lamine Kamara s’est rendu au bureau du suprême. Assis devant lui, l’ancien geôlier s’était lancé dans un long récital. Agacé par ne pas entendre le mot « merci » auquel il s’attendait, Sékou Touré interrompit l’audience.

6)     Ses premières méd’homme libre

C’est à bord d’un avion qu’il regagna sa ville natale Kankan pour conférer avec sa famille qui avait appris sa mort en prison par le biais des rumeurs.

Arrivé au domicile familial, son premier réflexe fût l’absence de son père parmi la foule en liesse. On lui informa le décès de ce dernier depuis 1974.

L’autre évènement qui méta la foule en sanglot est la non reconnaissance de sa fille Mariama « l’homonyme de sa maman » qui n’avait qu’à peine un an lors de son arrestation. Avec sept ans d’incarcération, celle-ci était déjà à l’école primaire.

Son premier cadeau fut un poste radio offert par un vieil ami. Poste radio qu’il était incapable de mettre en marche. Son incapacité à faire un geste si anodin, professeur de son Etat amena quelques-uns de ses proches à verser des larmes. Pire encore, grand sportif avant son incarcération, Lamine Kamara était incapable de s’adosser tout seul à un mur. Ce sont autant de faits qui lui ont mis la puce à l’oreille que sa reconstruction allait être un chemin semé d’embûches.

7)    Conclusion

Malgré la difficulté de ses conditions carcérales, Lamine Kamara a eu de la chance comme il est ressorti saint et sauf de ses détentions. D’autres n’ont pas eu la même chance. C’est notamment le cas de Diallo Telli ancien secrétaire général de l’OUA et ancien ministre de la justice, considéré comme le plus doué de sa génération et le plus grand diplomate qu’a connu notre pays.

Synthèse faite par la rédaction de www.guinee58.com